23/03/2021 - Vers un leadership en Europe dans l’industrie des écrans

Share on:

François Templier, directeur du programme Nanoelec/Displed (c) P.Jayet/CEA

François Templier, directeur de recherche au CEA et directeur du « French Chapter » de la Society For Information Display (SID), est le directeur du tout nouveau programme Nanoelec/Displed.

Qu’est-ce qui vous motive dans le programme que vous portez ?

Depuis 2017, je suis responsable du programme Ecrans au CEA-Leti. Le fait de prendre, en plus, la direction du programme Nanoelec/Displed me permet d’élargir le spectre de notre collaboration avec les industriels dans un contexte multilatéral. En mettant autour d’une même table, des acteurs positionnés à différents niveaux dans la chaine de valeur, nous devrions pouvoir accélérer sur notre feuille de route en soutien à l’industrie. Ainsi, nous comptons développer un type d’écran à microled haute performance radicalement nouveau, basé sur une pépite qu’on appelle le « smartpixel » dont nous allons élargir le champ des applications et renforcer les procédés de fabrication de masse. Nous ouvrirons la voie pour des technologies de murs vidéos à ultra haute résolution, des écrans plats de très grande taille pour la télévision ou les réunions interactives, des écrans flexibles ou encore des écrans qui permettent de restituer une véritable sensation d’immersion en trois dimensions dans un univers virtuel ou distanciel.

Qu’est-ce que ce smartpixel auquel vous faite référence ?

Il s’agit d’un composant qui intègre plusieurs microLED rouges, bleues et vertes sur un unique circuit de contrôle fabriqué collectivement sur un wafer au standard CMOS. Chacune de ces unités, un ‘smart-pixel’ est alors transférée sur un support de connexion qui constitue l’écran. Cette approche en rupture va cependant nécessiter des développements nouveaux, notamment cette étape dite de ‘mass transfer’. Mais nous aurons au final des écrans de meilleure performance, avec de nouvelles fonctionnalités, au point que cela représente une véritable rupture technologique et économique. C’est précisément cette opportunité que nous étudions dans le cadre de Nanoelec/Displed.

Pourquoi est-il indispensable de continuer à développer des systèmes de restitutions d’images très performants et de savoir les fabriquer en Europe et en France.

En fédérant des acteurs industriels et académiques clés, nous avons l’ambition de rebâtir une industrie des écrans en France et en Europe, peut être aussi forte que nous l’avons connu à l’époque des tubes cathodiques qui ont été balayés dans les années 90 par les écrans LCD d’origine asiatique.

Nous sommes dans une société ou l’image est de plus en plus présente. Pourquoi ? D’abord parce que les gens passent de plus en plus de temps devant des écrans, mais aussi parce qu’ils recherchent des systèmes plus immersifs et sans les contraintes que peuvent représenter, par exemple, des lunettes 3D. Les nouvelles technologies d’écrans doivent permettre de meilleures qualités d’images mais aussi d’en augmenter les fonctionnalités (3D Multivue, écran souple, interactivité). Il est légitime que l’industrie européenne et française bâtisse une offre solide sur le marché des microled pour les écrans, un marché en croissance très dynamique qui devrait friser les 3 milliards de dollars en 2024, en particulier pour la télévision (D’après le cabinet TrendForce).

Quel est votre parcours ?

Je prends part au développement des écrans numériques depuis 28 ans. J’ai d’abord travaillé chez Thalès avant de rejoindre le CEA en 1999. Au fil de diverses fonctions de chercheur, chef de projet et responsable programme, j’ai côtoyé tous les types d’’écrans (LCD, OLED, microLED, et microécrans; écrans flexibles, matrices actives TFT). Enfin, mon implication en tant que directeur du chapitre français de la SID-Society For Information Display me permet de consolider en permanence une vision à 360° de l’état de l’art dans ce domaine.

Le programme Nanoelec/Displed prépare de véritables ruptures dans la chaîne de valeur de l’industrie des écrans ainsi que de nouvelles fonctionnalisations des images. © Pixabay